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Ward Sebba'auy (), ancêtre des
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Quelques indices de plus de l'ancienneté de ce groupe

Les livres d'histoire, c'est bien connu, nous content souvent des "histoires", et ceux d'histoire des roses ne font pas exception. Comme souvent, l'"européo ou occidentalo-centrisme" des premières relations de la découverte des ancêtres des roses Bourbon laisse rêveur !

English summary

La rose Bourbon
'Rose Édouard' ou 'Rose Edward'
La rose 'Sebba'auy' d'après Gunnar Täckholm
La rose 'Sebba'auy' dans l'herbier Crépin
Les roses de Chine et du Laos dans l'herbier du Muséum de paris
Les roses japonaises de J. Matsumura dans l'herbier Crépin
Conclusion
Les entités horticoles et botaniques impliquées dans la genèse des roses Bourbon
Notes
Remerciements


La rose Bourbon

À n'en pas douter, la filière qui donna naissance en France au groupe que l'on nomma roses Bourbon débute sur l'Île Bourbon (actuellement île de la Réunion) dans le jardin de Monsieur Édouard Perrichon. Que la rose originelle de ce groupe y aie été découverte par Monsieur Perrichon lui-même ou, dès son arrivée en 1817 par Bréon, botaniste français en charge du jardin botanique de l'Île Bourbon est moins clair (mais peut-être sans importance). Au début des années 1820, d'une part Neumann en importa des boutures en France, qui furent nommées 'Rose Neumann' ou 'Bengale Neumann', et Bréon en envoya des graines à Jacques, jardinier du Duc d'Orléans, c'est un semis (de deuxième génération ?) de l'une de ces dernières qui fut illustré par Redouté et que Thory nomma Rosa canina Burboniana dans Les Roses, avec comme précision supplémentaire qu'il lui avait été rapporté par le Duc d'Orléans que la rose croissait dans les lieux incultes de l'Île Bourbon.
Bréon interpréta la rose trouvée dans le jardin de M. Perrichon comme un hybride entre la rose de Damas des quatre saisons, R. x damascena var. semperflorens (Loisel) Rowley et la rose de Chine , R. chinensis Jacq., toutes deux cultivées en abondance sous forme de haies ou de bordures décoratives sur l'Île Bourbon. Si la génétique tend à corroborer cette interprétation, rien ne prouve que comme certains l'ont avancé cette hybridation s'est produite sur place. La présence de la rose originelle dans des lieux incultes, peut-être simplement abandonnés serait peut-être plus en accord avec ce qui suit.


'Rose Édouard' ou 'Rose Edward'

Une certaine confusion règne en ce qui concerne l'identité et l'origine de l'appellation de cette variété. Provient-elle du prénom d'Édouard Perrichon, dans le jardin de qui Bréon préleva du matériel qu'il envoya en France ? S'agit-il de la même rose que celle de Perrichon ? Qui a rapporté le premier cette appellation ? Qu'est-ce qui explique que cette appellation soit répandue en Inde ?

Dans son livre Roses at the Cape of Good Hope, Gwen Fagan relate les propos du Dr. B. P. Pal, fondateur de l'Indian Society of Genetics and Plant Breeding selon qui des roses portant ce nom avaient été cultivées autrefois à grande échelle en Inde pour la production de produits parfumés au même titre que les roses de Damas. Selon Pal encore, cette culture était en régression. Par la suite elles ont également été utilisées comme porte-greffes, mais leur sensibilité aux maladies fongiques les a fait abandonner progressivement.
Les mêmes roses sont cependant toujours utilisées en Inde pour l'ornementation des temples. Odile Masquelier, de roseraie de La Bonne Maison, à La Mulatière, près de Lyon m'a précisé que deux roses légèrement différentes par leur couleur y étaient utilisées à cet usage. Gwen Fagan précise également qu'il existe bien deux 'Rose Edward' en Inde, l'une formant un arbuste un peu plus haut que l'autre. Elle recense 'Rose Edward' et la photographie aux Seychelles, à l'Île Maurice, au jardin de Patraia près de Florence (Italie) et bien entendu en Afrique du sud.

Intéressé par toutes ces questions, j'ai acquis chez Peter Beales en Angleterre il y a une douzaine d'années deux plants d'une variété portant le nom de 'Rose Edward', qui lui venait indirectement du Jardin botanique de Calcutta via la Nouvelle-Zélande.
Malgré une apparente inadaptation à certaines conditions de culture ou de micro-climat (elle a néanmoins résisté à des gelées de -15°C), la variété a pu exprimer ses principaux caractères distinctifs. En végétation, si on la compare à R. chinensis 'Old Blush', 'Rose Edward' a des tiges moins ramifiées, plus grosses, plus raides et se lignifiant moins facilement, ainsi que plus de rondeurs au niveau de la fleur et du feuillage . Mis à part ses inflorescences plutôt fournies et ses fleurs plus petites (la taille de celles de 'Old blush'), elle se rapproche par son port des plus raides parmi les hybrides remontants ou les hybrides de thé.
Dans de bonnes conditions elle produit facilement des fruits contenant de nombreuses graines.
Si la qualité du parfum de la rose de Perrichon et Bréon n'est jamais évoquée dans la littérature, cela atteste seulement du fait que le XIXe siècle en Europe privilégia le côté esthétique de la rose (). En ce qui concerne 'Rose Edward', le rapport de Pal cité plus haut l'intègre à la même tradition d'origine arabo-persane (et peut-être introduite en Inde par les Moghols) que les roses de Damas, cultivées pour leur parfum et toute sa symbolique (de purification, etc.). Celui de la 'Rose Edward' de Peter Beales a un caractère fruité "raisin-litchi" (le fruité est son côté chinensis), plus pénétrant que le meilleur des Gewürztraminer de grains nobles, infiniment plus frais que celui des roses de Damas. Seule la variété 'Omar Khayyam' peut rivaliser avec lui, bien que dans un registre plus "Damas" et plus chaud. Ici en Belgique médiane sous climat frais et humide il est rare que la fleur de 'Rose Edward' puisse s'ouvrir proprement en raison des attaques fréquentes de botrytis qu'elle subit (une analogie de plus avec la "pourriture noble" qui concentre les arômes des vins de Sauternes et des grands Gewürztraminer). Cela n'empêche pas ses pétales même "pourris" d'exhaler leur fabuleux parfum, pour mon goût de très loin le meilleur de tous !!!


 

La rose 'Sebba'auy' d'après Gunnar Täckholm

Täckholm fut l'un des pionniers de la génétique des roses. On lui doit entre autres "On the cytology of the genus Rosa. Sv. Bot. Tidskr. 14: 300-311, (1920)". L'article dont un extrait est traduit ci-dessous fut l'une de ses dernières contributions à l'étude du genre Rosa. C'est un texte d'une rare acuité tant du point de vue de la systématique que du point de vue historique. Les spécimens d'herbier des différentes roses récoltées par Georg Schweinfürth et examinées par Täckholm pour cette étude étaient conservés dans l'herbier du Botanisches Museum Berlin-Dahlem et ont malheureusement été détruits lors du bombardement de Berlin par les Alliés en 1943. Heureusement des doubles de certains d'entre eux avaient été envoyés à François Crépin par Georg Schweinfürth () et j'ai donc pu avoir en mains un spécimen de sa rose 'Sebba'auy'.

Traduction de la partie consacrée à Rosa Sebba'auy dans G. Täckholm, The Egyptian Garden Roses in Schweinfürth's Herbarium, Svensk Botanisk Tidskrift. 1932. Bd. 26, H. 1-2.

"... Tous les spécimens égyptiens concernés dans ce qui suit sous le nom de R. damascena sont de nature hybride et contiennent des caractères de R. gallica. Ils sont à considérer comme des roses de Damas selon les descriptions des travaux les meilleurs et les plus critiques de la littérature rhodologique. La plupart de ces spécimens de type damascena sont étiquetés du nom arabe ward sebba'auy et ils sont généralement très semblables entre eux. Voici une description de ce type (fig. 2).

Ward Sebba'auy. (Fig. 2.) - Tiges vertes, droites et dans la plupart des cas non ramifiées; aiguillons épars, comprimés latéralement, de forme triangulaire avec une extrémité droite ou légèrement recourbée; soies présentes seulement dans les inflorescences; folioles par 5 - 7, ovales à elliptiques, foliole terminale ovale, courtement acuminées, longues de 5 - 6 cm et larges de 3 1/2 - 4 cm; folioles latérales habituellement ovales-ellpitques, aigües; feuilles d'une texture plutôt mince, glabres en dessus, vert pâle et glabres en dessous, glabres ou à la nervure médiane légèrement pubescente; les latérales peu prononcées; dents simples ou un peu doubles; rachis munis de glandes courtement pédicellées, glabres ou parsemés de poils très courts et munis de petits aiguillons épars; stipules étroites portant de courtes oreillettes divergentes à la marge glanduleuse; inflorescences en riches corymbes pouvant atteindre vingt fleurs; pédicelles minces, densément glanduleux et couverts de soies raides, habituellement sans poils, se développant progressivement en réceptacles fusiformes glanduleux dans le bas, habituellement glabres dans le haut; sépales glanduleux, les internes entiers, les externes pinnatifides; sépales réfléchis durant la floraison; corolle double, probablement d'un rose foncé; styles libres, longs de 7 mm, villeux; fruit étroitement obovoïde, long de 2 - 2 1/2 cm, glabres.

La rose 'Sebba'auy' ressemble beaucoup au spécimen illustré dans Redouté et Thory (1817 - 24) comme R. bifera et que Thory, l'auteur du texte de ce magnifique ouvrage illustré sur les roses considère (p. 109) comme une espèce bien distinguable de damascena par ses fruits fusiformes, non rétrécis brusquement à chaque bout comme chez damascena. La rose 'Sebba,auy' diffère des illustrations mentionnées ci-dessus par ses grands aiguillons larges et applatis. Elle diffère également des descriptions dans la litérature récente par ces aiguillons qui ne sont pas crochus, par l'absence de soies entre les aiguillons et par ses folioles habituellement par 7 qui sont glabres en dessous excepté sur la nervure médiane. Il semble évident que Schweinfürth hésitait en ce qui concerne la nature de cette rose. Les étiquettes montrent qu'il a sollicité l'opinion de trois grandes autorités : à savoir le fameux horticulteur et spécialiste des roses français Cochet-Cochet, le dendrologue allemand Koehne et le Maître ès roses belge Crépin. Les deux premières autorités ont considéré la rose 'Sebba'auy' comme un R. damascena, mais Crépin l'a étiquetée comme une variété de R. indica (= R. chinensis). Ces deux opinions différentes peuvent cependant être combinées. Donc, comme je le mentionnais auparavant, les anciennes formes de damascena furent largement remplacées durant le 19e siècle par les Damas perpétuels, obtenus par croisement avec R. chinensis. La rose 'Sebba'auy' est probablement aussi une sorte de Damas perpétuel. Il faut savoir que les spécimens fleuris collectés sont datés de décembre à mai, et qu'un spécimen, collecté le 10 mai porte encore de jeunes boutons floraux. Dans un cas on trouve même des boutons, des fleurs et des fruits jeunes et mûrs sur la même planche d'herbier. Avant l'introduction de R. chinensis, il n'existait pas de roses à floraison réellement perpétuelle dans les jardins européens. Les seules exceptions étaient certaines races de damascena, par exemple R. omnium calendarum, qui néanmoins, uniquement moyennant une taille artificielle étaient forcés de prolonger leur saison de floraison. Je n'oserais pas affirmer que la rose 'Sebba'auy' n'était pas traitée de cette manière, mais selon mon opinion nous avons là un Damas perpétuel, issu d'un croisement entre un ancien damascena de type bifera (au sens de Thory) et R. chinensis. Sur certaines étiquettes, Schweinfürth a nommé cette rose R. damascena var. sebba'aui Sfth. in "Arabische Pflanzennamen aus Ägypten, Algerien und Jemen" (1912), le même auteur lui a donné le nom latin de R. damascena v. corymbosa, sans description néanmoins. Je n'ai été à même de trouver cette description nulle part ailleurs dans ses publications. Dans Redouté & Thory, une variété nommée v. corymbosa est mentionnée sous R. damascena, mais comme elle se réfère à R. damascena et non à R. bifera, elle doit avoir des fruits ovoïdes et non infundibuliformes comme chez la rose 'Sebba'auy'.
Le spécimen représenté dans cet article a été prélevé au monastère copte d'Abbassia, au Caire en mai 1888. Ce spécimen est étiqueté par Schweinfürth R. damascena et sur le même figure une annotation de Koehne qui l'attribue à la même espèce, tandis que Crépin le considère comme une variété du R. indica. D'autres spécimens typiques de 'Sebba'auy' proviennent des jardins suivants: Jardin de Sheikh Abu Khaluf, s. de Medinet-el-Fayum, avril 1888; Abbadia Musturat, n. du Caire, avril 1888; ancien jardin du Palais Ali Pasha Sherif, avril 1888 et décembre 1901; ancien jardin de Mohammed Bey Omar à Shubra (jardin de "Kumpania"), le Caire, mai 1897; Alexandrie 1902; Luxor, décembre 1909.
L'existence de cette rose dans les anciens jardins déjà en 1888, dont par exemple le monastère copte d'Abbassia indique qu'elle a été cultivée en Égypte longtemps avant le début du 19e siècle pour ce qui selon mon opinion est un hybride de R. chinensis. Les croisements entre la rose de Chine et les anciennes roses européennes, dont les roses de Damas, débutèrent durant ce siècle.
Le conservateur de l'herbier de l'Université égyptienne, M. Hassib, B. Sc., m'a apporté des renseignements concernant la culture de 'Sebba'auy' dans les jardins du Caire. Selon lui, il était autrefois cultivé en abondance mais il a disparu au moins des jardins importants. Son nom arabe est néanmoins rarement connu des jardiniers du Caire ..."


 

La rose 'Sebba'auy' dans l'herbier Crépin

L'examen par Gunnar Täckholm d'herbiers récoltés par Georg Schweinfürth ne pouvait qu'apporter un mélange détonnant d'informations historico-botaniques !

Le spécimen de l'herbier Crépin est étiqueté "Früchtgarten of Qubba, Cairo, 25 April 88". Cette localisation n'est pas recensée dans l'article de G. Täckholm.
Son inflorescence bien qu'incomplète montre cinq boutons et une fleur ouverte situés à peu près dans un même plan horizontal. Ses aiguillons sont forts, relativement compressés, dispersés et non entremêlés de soies ou d'acicules, ce qui fait incontestablement penser aux Chinenses. La terminaison des sépales est à tendance nettement foliacée et les folioles sont glabres de part et d'autre, de même que le rachis. Pédicelles, réceptacles et sépales portent de nombreuses glandes pédicellées entremêlées de soies raides, comme chez les Damas. Les sépales sont denticulés et légèrement glanduleux, comme chez le R. chinensis cultivé.
Par l'ensemble de ses détails cette rose est très semblable à la Rose Edward de Peter beales. Seule la structure de l'inflorescence semble pouvoir les différencier. Cependant, chez les roses de Damas, leurs ancêtres, une différence analogue existe () entre d'une part le type de 'Kazanlik' aux inflorescences amples parce que leurs ramifications sont portées par de longs pédoncules secondaires flexueux, et d'autre part les Quatre Saisons aux inflorescences compactes dont les ramifications sont portées par de courts pédoncules secondaires peu divergents. Toutefois, si ces différences morphologiques différendient également les formes non remontantes des remontantes chez les Damas, cela ne semble pas être le cas chez les Pré-Bourbons, puisque tant 'Rose Edward' que 'Sebba'auy' sont remontantes. Et contrairement aux inflorescences des Damas non remontants, l'axe principal de celles de 'Sebba'auy' n'est pas flexueux.


 

Les roses de Chine et du Laos
dans l'herbier du Muséum de Paris

Dans les reportages ou sur les photos, les cheveux tirés en arrière de la très belle Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix birmane, sont fort souvent rassemblés par un lien orné de roses, et en particulier me semble-t-il de roses ressemblant aux premières roses Bourbon (il suffit d'entrer le nom d'Aung San Suu Kyi dans un moteur de recherche en demandant à voir des images pour s'en donner une idée).
La péninsule indochinoise a de tous temps joué un rôle très important comme plate-forme d'échanges entre l'extrême-orient d'une part, l'Inde, la Perse, l'Arabie et même l'Afrique d'autre part, donc il ne serait pas surprenant d'y trouver des formes proches de 'Sebba'auy'.
Le spécimen étiqueté C. Dupuy, Plantes de Luang-Prabang (Laos) daté de 1899/1900 et celui de Chine de l'herbier Drake , annoté Richard, legit Iwan, présentent eux aussi une association des caractères Chine (plutôt du côté des rosiers thés) et Damas. Le bouton plus rond (visible sur sur le spécimen du Laos ) possède les extrémités foliacées des sépales typiques des chinensis; les deux ont le pédicelle couvert de glandes pédicellées; les feuilles de celui du Laos ont un caractère plus "thé" tandis que celles du chinois sont plus de style Damas (bien que Crépin l'interprète comme une variété de R. indica, comme 'Sebba'auy'). Leurs inflorescences compactes et apparemment peu fournies les placent entre les Bourbon et les premiers hybrides de Portland, mais avec des feuillages à l'aspect peut-être plus primitif et des aiguillons moins dilatés à la base et un peu plus crochus.


Les roses japonaises de J. Matsumura
dans l'herbier Crépin

Jinzo Matsumura (1856-1928) fut professeur de botanique systématique à l'université de Tokyo. Sa contribution dans les années 1880-90 aux roses japonaises tant spontanées que cultivées de l'herbier Crépin est importante à la fois du point de vue de la qualité et de la quantité. Parmi les horticoles (qui comprennent comme on pouvait s'y attendre des variétés ou hybrides de R. multiflora Thunb.), les plus intrigantes sont celles que Crépin à classées dans une rubrique R. indica x gallica.
C'est qu'il ne faut pas oublier que la carrière de J. Matsumura se déroula à l'Ère Meiji (1868 à 1912), durant laquelle le Japon s'ouvrit au monde et se mit à pratiquer de nombreux échanges industriels et culturels avec l'Europe. À cette époque on vit arriver chez nous des roses japonaises telles que l'hybride R. multiflora x luciae que les Anglais baptisèrent 'Crimson Rambler', mais on manque d'indications sur les roses européennes qui atteignirent le Japon.

  • La rose 'Ichijoko' (son nom pourrait être traduit comme "rayon de lumière rouge") dont deux spécimens sont présent dans l'herbier Crépin a de grandes fleurs dont l'arrangement des pétales rappelle les Camellias . Ses folioles largement elliptiques à ovales, à l'extrémité atténuée en courte pointe rappellent celles du R. chinensis var. spontanea d'Augustine Henry , mais leurs dents plus aigües et les pretites folioles obovales à la base des rameaux florifères ou sur de petits rameaux stériles la rapprochent de R. multiflora. Stipules étroites et adnées, aux marges entières comme chez R. chinensis var. spontanea . Ses sépales à appendices étroits légèrement glanduleux font penser à ceux de R. multiflora var. cathayensis Dents souvent doubles aux folioles, acicules mêlés aux aiguillons rappellent R. gallica, ...mais d'une part certaines roses extrême-orientales du groupes des multiflores (R. maximowicziana, ...) portent des acicules nombreux et irrégulièrement placés, et d'autre part une influence de R. rugosa n'est pas à exclure. Ses pédicelles, eux semblent lisses contrairement à ceux d"'Edward'/'Sebba'auy'". Y a-t-il réellement du R. gallica dans cette rose dont les pétales translucides comme ceux des roses thé ont gardé pas mal de couleur ? Mon diagnostic irait plutôt vers une rose aux gènes d'origine très orientale. D'après Yuki Mikanagi, "Ko" ou "Kou" signifie vermillion en japonais, ce qui laisserait supposer une nuance de jaune dans le rouge qui sied aux roses thé, mais pas aux Bourbon ou aux roses anciennes. Autre solution pour la couleur, une hybridation japonaise à l'Ère Meiji entre R. foetida (ce que les dents, la forme et la couleur des folioles ne rendrait pas invraisemblable) et une rose thé, ce qui, en 1896 précéderait de quatre ans 'Soleil d'Or' ! On peut rêver !!!
  • Pas de nom sur le spécimen de la seconde variété . Si le premier semblait sarmenteux, celui-ci pourrait être arbustif. Deux différences significatives : ses stipules sont larges et longuement adnées, pectinées à laciniées, et ses pédicelles sont munis de glandes pédicellées et d'acicules. Pour le reste, ici on distingue bien les bractées qui sont larges et denticulées glanduleuses et le bouton très arrondi muni de plusieurs paires d'appendices. L'ensemble, en ce compris la forme des folioles fait penser à la vieille rose 'Russelliana', que certains identifient comme très proche de la R. multiflora var platyphylla de Redouté & Thory.
  • L'aspect général des rameaux et du feuillage de la troisième variété est bien plus proche de R. gallica. Il se pourrait qu'il s'agisse de la variété 'Shigyoku' (photo et © Yuki Mikanagi), dont le nom signifie "gemme pourpre", apparemment créée au Japon durant l'Ère Meiji peut-être par semis hybridé ou non d'une rose d'origine européenne. Les fleurs de cette belle variété morphologiquement intermédiaire entre les roses galliques et les Bourbon ont des pétales ondulés, presque frisés qui ne sont pas sans rappeler les chrysanthèmes. Est-ce un hasard ou un choix de goût qu'un obtenteur japonais aurait fait par référence à demi-consciente avec ces fleurs bien extrême-orientales ?

Conclusion

Deux Rose Edward différentes cultivées de haute tradition en Inde, une rose 'Sebba'auy' cultivée depuis sans doute aussi longtemps en Égypte, des roses semblant mêler les mêmes caractères hybrides selon des modalités diverses en Chine et au Laos, des roses cultivées au Japon et mêlant des caractères botaniques galliques à d'autres chinois et même peut-être japonais. Pourquoi vouloir à tout prix se conformer à une histoire des roses Bourbon finalement bien étriquée alors que de nombreux siècles d'activités et d'échanges humains au travers de l'Océan indien entre l'extrême-orient et le Maghreb ont donné tant d'occasions aux parentes de ces roses de se rencontrer. Différentes roses analogues aux Bourbons existaient probablement bien avant que les Européens ne commercent dans ces régions et ne colonisent les îles Mascareignes ou Seychelles. Et elles se sont probablement déjà ré-hybridées avec des roses telles que R. moschata ou les R. multiflora chinois pour donner des pré-Noisette au moins en Perse alors qu'il apparaissait très tôt des pré-polyanthas en Chine.
La rose 'Sebba'auy' n'est pas un Bourbon classique : des inflorescences aussi riches ne sont qu'occasionnelles chez les Bourbons, qui ont en même temps souvent des fleurs plus grosses. C'est d'ailleurs la petitesse relative de ces fleurs combinée à la longueur des pédicelles et des pédoncules secondaires de l'inflorescence () qui permettent à l'ensemble des fleurs de s'ouvrir. Il est probable qu'en voulant sélectionner avant tout de grosses fleurs les hybrideurs européens ont dans un premier temps privilégié le caractère uniflore et à pédicelle court des Chinenses au détriment de la ramification et du caractère plus aéré que les gènes de R. multiflora et R. moschata présents également dans les ancêtres des Bourbons auraient pu leur apporter. De ce point de vue, 'Sebba'auy' représentait un optimum.


Les entités horticoles et botaniques impliquées
dans la genèse des roses Bourbon.

Si l'on considère les roses Bourbon comme étant issues de croisements entre la rose de Chine cultivée (R. chinensis Jacq.) et les roses de Damas (R. damascena Mill.), la dernière hypothèse pour leur généalogie est la suivante :

(R. multiflora var. cathayensis x R. sp. aff. chinensis var. spontanea) x ((R. moschata x R. gallica) x R. fedtschenkoana ())

Les différentes sections du genre impliquées dans ces hybrides complexes sont les Synstylae (R. moschata, R. multiflora var. cathayensis), les Gallicanae (R. gallica), les Chinenses (R. sp. aff. chinensis var. spontanea) et les Cinnamomeae (R. fedtschenkoana).


Notes

Selon certains le nom de "Sebba'auy" correspondrait à celui de "Sibawayhi", auteur d'origine persane, premier grammairien de la langue arabe avec son ouvrage "Al Kitâb". Toute info supplémentaire au sujet de l'origine de cette appellation serait bienvenue.

le XXe, lui, fera primer la "productivité" commerciale et marketing, c'est ce qui entrainera au niveau des plantations l'apparition des plates bandes des roses et de couleurs "flashy", et au niveau de la fleur coupée d'une escalade esthétique discutable vers des roses uniflores et de plus en plus turbinées comme des "mannequins".

Parmi les récoltes de Schweinfürth on trouve aussi dans l'herbier Crépin des spécimens égyptiens de 'Ward Belledi' , syn. R. gallica var. aegyptiaca Schw., un hybride sans doute proche des Damas et qui mériterait une étude approfondie (il a aussi collecté une forme étonnament proche au Yémen ), ainsi que de R. x alba, de Ward 'Sahuri' , peut-être un autre hybride comprenant du R. gallica et du R. chinensis, de R. bracteata naturalisé dans le delta du Nil , et aussi des spécimens d'Érythrée de R. sancta, syn. R. x richardii et de la même origine, et du Yemen de R. abyssinica.

Des analyses génétiques menées par Hikaru Iwata il ressortirait que les Damas non remontants et remontants ne formeraient en fait qu'un seul clone.

Ces inflorescences terminales à la ramification non flexueuse et aux bractées bien développées ne sont pas sans faire penser à celles de Rosa abyssinica.

Les analyses d'Hikaru Iwata mettent également en lumière le rôle de R. fedtchenkoana dans l'origine des Damas auxquels il aurait apporté des caractères morphologiques tels que les inflorescences compactes et glanduleuses, la forme des fruits et pour une part la remontance).


Remerciements

Un tout grand merci à la gentillesse de Yuki Mikanagi, de l'Université de Chiba (Japon), qui s'est vivement intéressée aux roses japonaises de l'Ère Meiji que j'avais retrouvées dans l'herbier Crépin, qui m'a renseigné sur les roses à cette époque, a corrigé mon orthographe de leurs noms et qui m'a envoyé les photos de la rose 'Shigyoku'.


ivan louette, mis en ligne le 7 décembre 2004
mis à jour le 15 décembre 2004.

 

© ivan louette et Commune de Chaumont-Gistoux.
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